samedi 21 janvier 2017

Les Âmes fortes de Giono

     Pour ceux qui connaissent Giono grâce à ses récits méridionaux qui fleurent bon le soleil et la nature, ce roman peut sembler déroutant, d'autant plus qu'il s'ouvre sur une conversation où s'entremêlent de nombreuses voix que l'on a du mal à individualiser. C'est le soir. Des femmes, âgées, sont venues pour veiller le corps d'un certain Albert. Parmi elles, Thérèse quatre-ving-neuf ans et les "os durs". C'est la doyenne, elle aura donc droit au fauteuil. Alors que la veuve du mort est au lit, la nuit, propice au surgissement des souvenirs, va être l'occasion d'un échange qui va vite se centrer sur l'évocation de la vie de Thérèse, une vie bien peu commune.
   Née Charmasson, elle s'enfuit une nuit avec le jeune Firmin car ses parents refusaient le mariage avec lui. Âgée de vingt-deux ans et alors placée au château de Percy, la voilà sur les routes, à la recherche du gite et du couvert, mais surtout, d'un travail. Après être passés au Moulin-Baron, ils se fixent à Châtillon où Firmin se fait passer pour un compagnon du devoir afin de se faire embaucher par un certain Gourgeon qui tient une maréchalerie magnifique. La ville, grand centre de roulage est très active.
"Tout le trafic des vins par fardiers passait par là. Sans compter la malle de Valence qui allait rejoindre le train de Lyon et l'été tous les transports de bois. Je ne compte pas la voiture de Lus. Le pays ne sentait que le cheval, le harnais, la graisse de roue, le fer chaud, l'étincelle et la corne brûlée. On n'entendait que bruits de marteaux sur l'enclume et soufflets qui forgeaient. Ma tête tournait un peu, mais mon Firmin au contraire faisait le cocardier et il marchait raide comme un manche à balai."
https://s26.postimg.org/bbvn2y2gp/Les_Ames_fortes_2001b_DVDrip_by_Galmuchet_avi_sn.jpg
Thérèse et Firmin (film de Raoul Ruiz)
   Alors que les souvenirs de Thérèse se déroulent au fil de la conversation nocturne, sa personnalité va se révéler et tout l'intérêt du roman tient à la découverte de "l'âme" qui se dévoile peu à peu. Ce dévoilement se fait aussi grâce à l'évocation de l'improbable rencontre entre le couple d'ouvriers et le couple Numance, des bourgeois de Châtillon. En effet, Madame Numance (parfaitement incarnée par Arielle Dombasle dans l'élégante adaptation du roman par Raoul Ruiz) va tomber sous le charme de Thérèse. Afin de l'avoir près d'elle, elle installe le couple dans un pavillon qui jouxte la maison. Va alors se mettre en place un jeu à tendance perverse entre les quatre individus qui, voisins, resteront à jamais éloignés les uns de autres malgré les rapprochements fusionnels entre Thérèse et "Madame Numance". Je ne vous dévoile pas l'intrigue plus avant... mais peut vous dire que la jeune fille va se révéler d'une noirceur diabolique...
http://i85.servimg.com/u/f85/12/35/69/37/les_am11.jpg
Thérèse et Madame Numance
   Publié en 1950, ce roman est né d'une nouvelle, la huitième du recueil Faust au village. Dans cet ouvrage, on trouve une nouvelle structure narrative dans laquelle différents narrateurs se succèdent pour raconter la même histoire, sous une forme dialoguée. Et c'est bien ce type de montage narratif que l'on trouve dans Les Âmes fortesla vie de Thérèse est racontée selon deux points de vue différents qui éclairent de manière très différente son parcours. Le lecteur n'aura plus qu'à trancher entre les deux versions. Après une première lecture, j'ai vu le film... qui m'a donné envie de relire le livre ! La deuxième lecture fut très agréable. Comme un bon vin, voilà un roman qui développe ses arômes après avoir été chambré. On peut ensuite consommer sans modération, ou presque...

dimanche 15 janvier 2017

L'Amour est une île de Claudie Gallay

   Coup de cœur intense dès le début de l'année 2017 pour ce roman de Claudie Gallay. Publié après Les Déferlantes (toujours pas lu, je le garde pour la fin...), il a depuis été suivi par deux autres volumes. Après Seule Venise, je ne savais trop vers lequel me diriger, et c'est en voyant qu'il se déroulait dans le milieu du théâtre que je me suis décidée pour celui-ci. Une excellente idée car je n'ai pas été déçue ! 
   Tout d'abord j'ai retrouvé style facilement reconnaissable de la romancière : phrases courtes, utilisation abondante du présent, et une écriture qui privilégie les images qui semblent défiler au gré de paragraphes qui défilent rapidement et nous plongent dans un univers fortement teinté de nostalgie. Alors qu'elle écrit souvent au présent, elle nimbe tous ses récits du voile du passé qui semble toujours peser sur le déroulement des événements.
   L'intrigue se déroule à Avignon, pendant le festival. Odon, directeur d'un petit théâtre de la ville, vit sur une péniche. Il a follement aimé Mathilde pour laquelle il a quitté sa femme. Et cette année-là, son ancienne maîtresse revient entre les remparts. Devenue une actrice adulée, elle se fait maintenant appeler "la Jogar". Elle doit son succès à un texte écrit par un certain Paul Selliès, mort dans d'étranges circonstances. Or, la sœur de l'écrivain est également présente dans la cité des Papes. Cette même année, le festival est en ébullition car les intermittents sont en grève...
   Avec Avignon en toile de fond, la romancière tisse un beau roman sur les retrouvailles manquées et sur le passé qui ne passe pas. Poids des souvenirs, regrets des occasions manquées, nostalgie concernant les choix effectués, qu'ils soient bons ou mauvais, tout cela compose un récit que l'on ne lâche pas, emportés que nous sommes dans l'été avignonnais. Avis aux amateurs(trices) de théâtre, ils/elles ne peuvent qu'être conquis(es) ! 
 
 

jeudi 5 janvier 2017

Les coups de coeur de 2016


http://lalitoutsimplement.com/wp-content/uploads/2016/12/Lori.jpg
Trouvé chez Lali
A votre avis, que fait le ¨Père Noël en janvier ? Il dévore les livres que nous avons conseillés sur nos blogs ! C'est un repos bien mérité. Je lui vous propose aujourd'hui, une petite sélection de romans, polars et "classiques" lus en 2016, adorés, et hélas pas toujours chroniqués... 

Cinq romans
1. Mémoire de fille de Annie Ernaux. Hors catégorie, LE livre de 2016.

 
2. Seule Venise de Claudie Gallay. Un grand moment de plaisir !

3. A la table des hommes de Sylvie Germain. Fait partie de ceux qui resteront...

4. Daddy love de JC Oates. Glaçant !

5. Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal. Pour le style.


Cinq polars ou romans noirs
1. Cadavre 19 de Belinda Bauer. LE coup de cœur de l'année du côté des polars. J'ai depuis lu deux autres romans de cette écrivaine anglaise. A découvrir.

2. Auprès de l'assassin de Louis Sanders. Vous ne verrez plus la Dordogne de la même manière après l'avoir lu.


3. Six fourmis blanches de Sandrine Collette. Je lis tout ce qu'elle écrit, et ne m'en lasse pas.

4. Retour à la nuit d'Eric Maneval. Une excellente surprise !


5. Le Cri de Nicolas Beuglet. Un thriller efficace.



Cinq classiques lus ou relus avec enthousiasme
1. Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Je ne vous présente pas...



2. Le Cahier gris de Roger Martin du Gard

3. Les Neiges bleues de Piotr Bednarski. Une perle !


4. La forêt mouillée de Victor Hugo 

5. Oedipe par André Gide. Et oui ! encore du théâtre !


Le cru 2017 s'ouvre avec S'émerveiller de Belinda Cannone. Un titre prometteur pour une nouvelle année !

dimanche 1 janvier 2017

2017

La neige qui s'invite en Bretagne, ce n'est pas si fréquent.
J'y vois un bon présage pour la nouvelle année...
Je vous souhaite une année 2017 douce, pleine de promesses 
et remplie de lectures enthousiasmantes !

jeudi 29 décembre 2016

Deux films doux dingues pour finir l'année

http://fr.web.img5.acsta.net/pictures/16/10/06/15/53/204555.jpg 
        J'ai vu deux films très beaux en ce mois de décembre qui file lentement mais sûrement vers une nouvelle année... Tout d'abord, Polina, Danser sa vie de Valérie Müller et Angelin Preljocaj. Il s'agit de l'adaptation de la bande-dessinée de Bastien Vivès que j'avais chroniquée en 2012 ICI. Le bédéiste en question est également connu pour son petit opus sur la blogosphère dont j'avais également parlé ICI. La lecture de la bande-dessinée est un peu lointaine pour que je puisse évoquer la justesse de l'adaptation, et je suis allée voir le film surtout parce qu'il se déroule dans le milieu de la danse. Le film déroule la vie de la jeune Polina qui souhaite absolument devenir danseuse et intégrer la prestigieuse école du Bolchoï. On retrouve tous les "passages obligés" de ce genre de film : le professeur rude mais juste, les entraînements harassants, les moments de découragement... mais surtout, les moments de grâce. C'est pour ces derniers que je vous invite à aller voir Polina car en effet, elle "danse sa vie" et il y a des scènes de danse, hors scène, qui sont magnifiques. Des moments de beauté poétique qui donnent envie de danser jusqu'en 2017... et même après ! La belle Anastasia Shevtsova n'est pas étrangère à la douceur qui se dégage de l'ensemble et Juliette Binoche trouve ici un rôle qui lui va à merveille (mention spéciale pour elle !).

 https://media.senscritique.com/media/000016475686/source_big/Paterson.jpg

      Pour revenir un peu à la littérature, vous pouvez aussi aller voir Paterson, le dernier film de Jim Jarmusch, véritable OVNI cinématographique. L'histoire est on ne peut plus simple : Paterson, trentenaire, vit à Paterson, dans le New Jersey. La ville, connue pour avoir hébergé de nombreux poètes, est en voix de déliquescence. Le jeune homme, chauffeur de bus, mène une existence très réglée à côté de Laura et de Marvin, chien très moche et très drôle (attention, ici, blog à chien). Tout cela pourrait sembler bien mièvre et bien morne s'il n'y avait l'écriture. Car Paterson, tous les jours, écrit des poèmes sur un carnet secret...

http://fr.web.img3.acsta.net/c_300_300/pictures/16/08/25/10/42/405069.jpg
Marvin
Le film se déroule sur une semaine, ce qui permet d'insister sur les instants répétitifs de la vie du jeune couple. C'est également ce qui permet de montrer que la poésie de leur vie ne réside pas dans ce qu'ils font ou ce qu'ils possèdent mais bien dans leur manière d'aborder le monde, de le percevoir. Ainsi, durant les trajets répétitifs de Paterson, celui-ci repère toujours un instant de vie, des visages, un moment fugace qui viendra nourrir son écriture.
Je suis sortie du cinéma un peu partagée concernant ce film. En effet, s'il est très réussi d'un point de vue plastique (il y a de très beaux fondus enchaînés, de magnifiques superpositions d'images), il surjoue de certains poncifs. Le chien comme "miroir" par exemple. J'ai parfois eu l'impression que Jarmusch se regardait faire du Jarmusch. Enfin, il n'en reste pas moins que je ne me suis pas ennuyée du tout. Rythme lent, éloge de l'écriture et de la fantaisie : quoi de mieux pour aller vers 2017 ?

Une critique de Paterson : "La dispute" sur France Culture ICI.

samedi 24 décembre 2016

Un peu de douceur pour finir l'année...

 
 
Joyeux Noël à tous
Je vous retrouve la semaine prochaine
Pour la dernière ligne droite avant 2017... 

mercredi 21 décembre 2016

Torquemada de Victor Hugo


    Ce drame de Victor Hugo a une histoire mouvementée, liée à l’exil. Dernier opus du Théâtre en liberté dans l’édition d’Arnaud Laster (Folio, 2002), il fut publié pour la première fois en mai 1882. À l’époque, des massacres de Juifs ont lieu en Europe de l’Est : à Balta par exemple, on jette des enfants dans les flammes pendant que les maisons sont pillées. Les scènes de violence présentes dans Torquemada se retrouvent donc d’une actualité brûlante et la pièce est imprimée le 2 mai. Un Comité de secours est mis en place et Hugo, dans Le Rappel, journal tenu par son fils entre autres, publie un texte qui résonne étrangement pour nous, alors que la population syrienne vient d’être abandonnée aux mains de ses bourreaux :
« L’heure est décisive. Les religions qui se meurent ont recours aux derniers moyens. Ce qui se dresse en ce moment, ce n’est plus du crime, c’est de la monstruosité. Un peuple devient monstre. Phénomène horrible. (…) ». 



   La pression des événements contemporains est donc à l’origine de cette publication. Face à la terrible actualité, il détache cette œuvre du Théâtre en liberté, renonçant pour l’occasion à un dévoilement de l’ensemble de ses pièces de l’exil. Publication en 1882 donc, mais l’idée et la rédaction sont beaucoup plus anciennes. En effet, en juillet 1859, Victor Hugo demande de la documentation sur Torquemada. En août, il écrit à son fils et lui avoue qu’il « rêve » d’un drame qui aurait pour personnage principal l’inquisiteur. La même année, il refuse l’amnistie et lance la sentence bien connue : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. ». La censure sévit encore dans les théâtre et Hugo n’a pas été joué à Paris depuis 8 ans. 
... : http://www.reitix.com/Makaleler/Tomas-de-Torquemada-Kimdir/ID=1947
Torquemada

   Il garde toutefois un rythme d’écriture impressionnant et, de son rocher, continue à explorer la veine romanesque tout autant que la veine théâtrale. La rédaction du Torquemada l’occupe du 1er mai au 4 juillet 1869. Le drame était en gestation depuis au moins dix ans. Il rédige, durant le même mois, le prologue qui ouvre Le Théâtre en liberté, où il fait dialoguer la Comédie et la Tragédie. Il vient de publier, en avril, L’Homme qui rit. Un peu plus d’un an plus tard, alors que la IIIe République vient d’être proclamée, le 6 septembre 1870, il rentre en France, après dix-neuf ans d'exil. Il faudra attendre 1886 pour que son Théâtre en liberté soit entièrement publié, un an après sa mort.
http://www.unique-poster.com/media/images/popup/blechen-carl--gotische-kirchenruine-785559.jpg
Carl Blechen
   Torquemada, drame en cinq actes, nous raconte l’histoire d’un couple d’innocents – qui n’est pas sans évoquer Roméo et Juliette –, Don Sanche de Salinas et Doña Rose d’Orthez, pris dans le jeu d’un duel entre les grands : le Roi et Torquemada. La scène s’ouvre en Catalogne dans le « monastère Laterran, couvent de l’ordre des augustins et de l’observance de Saint-Ruf ». La didascalie qui plante le décor nous emporte dans une ambiance gothique, avec cimetière, croix et tombeaux sur un « sol bossué de fosses ». Au fond, une muraille de monastère en ruine, fendue par une « grande brèche ». Devant, un « sépulcre  dont le couvercle a été enlevé », figure de la « bouche d’ombre » d’où sortira bientôt l’Inquisiteur, renaissant pour mieux assassiner…

   L’exposition se fait dans les trois premières scènes du Prologue (ou premier acte). Le roi, accompagné par ses soldats, est visiblement venu au monastère afin de trouver femme à son goût : « Avoir soif d’une femme, avoir faim d’un plaisir,/Ne pas voir une vierge, un proie, un désordre,/ Un cœur, sans tressaillir du noir besoin de mordre,/ Se sentir de la tête aux pieds l’homme de chair ! ». Le loup est entré dans la bergerie et, étouffé par sa relation avec sa femme Isabelle, « ce monstre immobile », il souhaite y faire bombance. Son désir à peine réfréné est confié au marquis de Fuentel, dans une longue tirade aux accents shakespeariens. Alors que le roi cherche sa proie et tente d’interroger le Prieur du monastère, passe un « moine à figure hagarde », « occupé seulement à saluer toutes les croix des tombeaux devant lesquelles il passe ». Vous l’avez deviné, il s’agit de Torquemada, marmonnant des prières et s’agenouillant sans fin. Mais après avoir aperçu celui qui va devenir le grand Inquisiteur, le roi remarque dans le jardin du cloître un couple de jeunes gens destinés à se marier : l’infante Rosa d’Orthez et l’infant Sanche de Salinas. Et bien sûr, le Roi va jeter son dévolu sur la belle Rosa. Alors que le Roi se révèle dès l’ouverture un opposant au bonheur des enfants, le marquis de Fuentel va vite se découvrir comme un adjuvant puisque une révélation dans la troisième scène nous apprend qu’il n’est autre que le grand-père du jeune Sanche.

« Je sens que cet enfant, avec tous ses rayons,
Vient d’entrer dans ma brume, et que cette jeune âme 
A pris possession de mon vieux cœur infâme, (…) 
Et je suis un autre homme, et je pleure, et j’adore,
Et ma sinistre nuit voit un lever d’aurore ! »


   Ces quelques vers reflètent parfaitement la beauté lyrique qui se dégage de certaines tirades. Tout ce qui concerne le jeune couple est tissé de légèreté et de douceur. Ainsi, cette magnifique scène V où Rose essaie d’attraper des papillons pendant que Sanche cueille des fleurs, tout en s’écriant « Oh ! je suis enivré par tant de douces choses ». Les papillons cherchent des fleurs comme le jeune homme cherche la bouche, promesse de baiser, de Rose. Ces papillons associés à la jeune fille m’ont évoqué le « vol de papillons arrêté dans l’extase » des Contemplations, dans le poème que Victor Hugo a dédié à ses deux filles. Mais un méchant rosier viendra piquer le doigt délicat de la Princesse, juste au moment où, le jour commençant à baisser, elle aperçoit le moine Torquemada.
   Ce dernier se lance alors dans un monologue digne des feux de l’enfer qui soulève avec un plaisir malsain « Le dessous monstrueux des cimetières noirs ». Il sera bientôt le bras armé des folies inquisitoriales, mais aussi celui de la mort des innocents. 
   C’est un texte magnifique, d’une puissance rare que je vous invite à découvrir. Dans un temps où les fanatiques reprennent du poil de la bête immonde, voilà une lecture qui invite à réfléchir, tout autant qu’elle fait frémir. Ainsi, cette vision dantesque de Torquemada en train de contempler son œuvre mortifère (des Juifs sont en train de brûler sur le quemadero) :

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/11/challenge-victor-hugo_5.html« Pétille ! luis, bûcher ! prodigieux écrin
D’étincelles qui vont devenir des étoiles ! (…) 
                             Il se retourne vers les suppliciés. 
Ah ! sans moi, vous étiez perdus, mes biens-aimés !
La piscine de feu vous épure enflammés. »

Lecture effectuée dans le cadre d'une lecture commune organisée par Claudialucia et qui s'intègre dans ses deux challenges : challenge Victor Hugo et challenge romantique. Elle prend aussi tout naturellement place dans le challenge théâtre organisé par Eimelle.
Billets de Claudialucia ici, Nathalie .

http://lecture-spectacle.blogspot.fr/2016/01/challenge-theatre-2016-et-bilan-2015.html

mardi 13 décembre 2016

Le Cahier gris de Roger Martin du Gard

     
     Voilà une lecture faite de manière totalement imprévue et qui a été la bonne surprise du mois de novembre... Je vous passe les détails sur les circonstances qui m'ont amenée à découvrir le premier volume des Thibault et précise que je ne connaissais de la saga que la série diffusée en 2003, avec Jean Yann dans le rôle du patriarche. J'en avais gardé un bon souvenir mais n'étais pas allée jusqu'à ouvrir le volume qui ouvre le cycle. La motivation était donc toute relative lorsque je me suis retrouvée avec le premier opus dans les mains... mais ça, c'était avant que je lise la première page car page tournée, Margotte ferrée ! Impossible de me détacher de ce volume qui s'ouvre sur la disparition mystérieuse de Jacques, le cadet des deux fils Thibault. 
Antoine, le père, et Jacques à droite
   Les Thibault, c'est avant tout l'histoire d'une famille. Il y a le père, veuf, et ses deux fils. Antoine est médecin et Jacques, lorsque s'ouvre le premier livre, est encore étudiant. Le père appartient à la bonne bourgeoisie et mène d'une main de fer les hommes comme sa progéniture. Dans Le Cahier gris, le cadet s'est enfui du lycée avec un ami et il s'agit donc de le retrouver sans déclencher une alerte qui pourrait venir faire un peu d'ombre sur la légion d'honneur du père. Ce fameux cahier se révèle être le journal intime de Jacques. Il y révèle son attirance pour un camarade ainsi qu'un caractère entier et fougueux.
   La force de l'incarnation des personnages caractérise ce livre (et sans doute sa suite) et c'est elle qui nous pousse à continuer la lecture. Chaque apparition d'un nouvel être, de manière subtile, nous donne envie d'en savoir plus sur lui. Ainsi, lorsque dans le deuxième chapitre, le père rend visite à Mme Fontanin, la mère du camarade de Jacques (ils ont fugué ensemble), elle semble apparaître devant nos yeux et immédiatement, nous avons envie d'en savoir plus sur elle. Nous voilà intéressés autant par sa réaction face au sort de son fils que par la vie de cette deuxième famille qui s'offre à nous. Il est rare d'être happé avec une telle force par des personnages. 

 Je me suis arrêtée pour le moment à ce premier volume, car j'avais hélas d'autres lectures "urgentes" à faire... mais la suite, intitulée Le pénitencier, m'appelle ! L'enthousiasme aidant, j'ai même envisagé une lecture commune (sur un an au moins...). Si certain(e)s d'entre vous sont intéressé(e)s, signalez-vous et je mets cela en place au plus vite (il y a huit volumes, d'inégale épaisseur, mais je vous garantis de grands moments de plaisir...). 

dimanche 4 décembre 2016

Marathon de lecture d'hiver en mode "Santa baby"

     Comme vous l'avez sans doute remarqué (ou pas du tout car sur la toile, le silence s'apparente souvent à une disparition lente...), je suis peu sur la blogosphère en ce moment. Contraintes professionnelles et temps réduit pour rédiger des billets ont sérieusement entamé le dynamisme de mon blogounet... 
   Et voilà que je suis tombée par hasard sur le marathon de lecture organisé par Chicky Poo et Samarian ! L'occasion rêvée pour se remettre un peu les doigts sur le clavier et pour tenter de finir des romans commencés. 
J'arrive en fin de marathon, je me suis donc inscrite sous la formule "Santa Baby" qui permet une totale liberté en terme de plages horaires et de nombre de pages. Seule contrainte : lire un ouvrage en lien avec Noël. Celui-ci est tout trouvé, et cela sera une relecture.

Premier bilan à 13h
Une heure de lecture ce matin, qui m'a permis de terminer Thomas l'imposteur de Cocteau (50 pages). Je ne sais pas encore ce que je vais lire dans l'après-midi... Tout cela se fera un peu au gré des envies.
Bonne journée à tous !
livres de Malice: JEAN COCTEAU : Thomas l'imposteur

Bilan de 17h
J'ose à peine parler de bilan... j'ai fait un tour chez les copinautes- participantes, j'ai glandouillé sur le net en rêvassant sur des lieux de séjour pour l'été, j'ai fait un gâteau, j'ai beaucoup bavardé car Mlle Margotte est là... et je n'ai pas du tout avancé dans mes lectures ! ça c'est un retour fracassant ;-) Mais je m'y mets illico pour une heure...

Bilan de la nuit tombante
J'ai relu avec plaisir Philipok de Tolstoï dont j'avais déjà parlé pour l'édition 2014 de ce même marathon (26 pages). Ensuite, pour honorer la lecture de Noël, j'ai lu une nouvelle de Maupassant que je ne connaissais pas : Nuit de Noël, parue en 1882 puis dans le recueil Mademoiselle Fifi. 3 pages seulement mais un excellent moment de lecture ! Et enfin, j'ai commencé Le cahier gris de Roger Martin du Gard (le premier livre de la série des Thibault). Je n'ai lu que 16 pages pour le moment. Je vous retrouve après un petite pause !

Bilan nocturne (21h50)
J'ai repris avec enthousiasme Le Cahier gris, premier livre de la saga des Thibault de R. Martin du Gard. Quelle lecture ! J'ai dévoré l'introduction de la série des huit volumes sans m'ennuyer une seconde. 77 pages lues ce soir. Je viendrai faire un petit bilan final demain mais en attendant, je vais faire un dernier tour chez les participantes.

 Le cahier gris. Roger Martin du Gard - Decitre - 9782070405947 - Livre

Bilan de ce dimanche de marathon
Inscrite en formule libre "Santa Baby", je n'ai pas du tout compté les heures passées à lire... En revanche, j'ai soigneusement noté le nombre de pages tournées : 172 pages pour cette journée de marathon. C'est un score honorable au vu de mon arrivée en cours de route... et du temps consacré à bien d'autres choses ;-)
La nouvelle de Maupassant, directement liée au thème de Noël est un excellent texte de l'auteur, dans la veine cruelle mais parfois drôle. 
Mais surtout, ce fut l'occasion de me remettre un peu au clavier. Reste à voir si cela va durer... Bonne semaine à toutes et tous !

MERCI AUX ORGANISATRICES 
   
Les participantes (si j'ai oublié quelqu'un, vous pouvez vous signaler...) :
Samarian - Hilde - Didine - Lilas - Les Sorcières - Soukee - L'Or Rouge - Sorbet-Kiwi - Touloulou - Nathchoco - Northanger -

dimanche 20 novembre 2016

Lecture commune : "Un été avec Victor Hugo" de Laura El Makki et Guillaume Gallienne

     C'est dans le cadre d'une lecture commune avec Claudialucia, ainsi que du Challenge Victor Hugo, que je me suis lancée dans cette lecture qui prenait tout naturellement la suite de la biographie sur Juliette Drouet.
La première chose à dire, c'est que la lecture de cet opus est à la fois facile et agréable. Après une courte introduction qui évoque l'apparition du visage de Cosette en janvier 2016 à Knightsbridge, à Londres, pour dénoncer l'évacuation d'un millier de réfugiés à Calais, l'ouvrage se découpe en courts chapitres thématiques. On se promène donc dans l'univers hugolien "à sauts et à gambades", de la célèbre bataille d'Hernani à la laideur, en passant par Libido, l'humour ou Olympio.
Cosette par Emile Bayard
 La balade s'avère agréable car au détour des chapitres, on glane des informations ou anecdotes que l'on ne connaissait pas encore. Ainsi, en parlant de libido, je connaissais l'existence des fameux carnets que j'ai évoqués je crois dans mon billet sur Juliette Drouet, mais je n'avais pas les détails qui sont ici proposés. Le livre peut donc être apprécié de manière très différente. Pour un lecteur ayant n'ayant jamais lu de biographie sur Hugo, c'est une bonne introduction. Pour quelqu'un qui connaît déjà la trame de l'existence du poète, c'est un bon moyen de raviver sa mémoire et de découvrir quelques détails encore inconnus. Quelques rappels sont d'ailleurs les bienvenus comme celui qui concerne l'engagement de Victor Hugo contre l'esclavage et pour les populations noires (voir Bug Jargal, déjà chroniqué ICI dans le cadre du même challenge Hugo).
Illustration de Bug Jargal
Cette promenade aux paysages variés a également le mérite de donner envie de reprendre (ou de découvrir) certains livres. Dans le chapitre intitulé Olympio, par exemple, les citations du très beau texte "La Tristesse d'Olympio", longue plainte en vers écrite en 1837, donne envie de se plonger dans Les Rayons et les ombres.

Il voulut tout revoir, l'étang près de la source, 
La masure où l'aumône avait vidé leur bourse.
            Le vieux frêne plié, 
Les retraites d'amour au fond des bois perdues,
L'arbre où dans les baisers leurs âmes confondues 
            Avaient tout oublié.   
Il chercha le jardin, la maison isolée,
La grille d'où l'oeil plonge en une oblique allée.
            Les vergers en talus.
Pâle, il marchait. - Au bruit de son pas grave et sombre
Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l'ombre 
            Des jours qui ne sont plus.     

Un collection qui invite à la découverte, et qui donne de quoi passer un bel été ! 
Les billets des participantes : Claudialucia