lundi 10 juillet 2017

Lecture commune et mode nomade !

Avant d'adopter le mode nomade, je viens vous proposer une première lecture commune associée au challenge littérature nordique. Il s'agit de l'intégralité des Contes d'Andersen, grand écrivain danois. Difficile de passer à côté de ce grand classique de la littérature mondiale qui a le mérite de nous plonger dans l'univers imaginaire du grand Nord. Idéal pour commencer notre métamorphose en "Reines des neiges" ! 
Je vous propose une lecture pour la fin août (le 31), ce qui nous laisse un peu de temps. 
Pour les mois qui suivent, j'ai pensé à La Maison de poupée d'Ibsen (un peu de théâtre...) et au Palais de glace de Tarjei Vesaas, mais rien n'est encore fixé. Vous pouvez me donner votre avis ou faire des propositions qui peuvent nourrir mon inspiration pour la rentrée...
 
 Je profite de ce billet pour vous dire que je passe en mode nomade... D'ici quelques jours, ma présence va se faire épisodique pendant un moment, le temps de lire et de rédiger des billets, dans des lieux qui seront loin de toute possibilité de connexion. Rien de mieux pour se reposer, rêver de grand nord et écrire. 
Je vous souhaite un bel été ainsi que des lectures aussi enrichissantes qu'enthousiasmantes !

Source image ICI

dimanche 9 juillet 2017

L'Héritage de Karna de Herbjorg Wassmo - tomes 1 et 2

     C'est avec délectation que j'ai replongé en ce début d'été dans la saga romanesque de Herbjorg Wassmo consacrée à Dina, magnifique personnage féminin. Pour éclairer ceux et celles qui ne connaissent pas cette fresque qui se déroule dans le nord de la Norvège, à Reisnes, un comptoir dédié au commerce maritime, elle se compose de 8 volumes.
- La trilogie dite du Livre de Dina (titre du premier volume). On y découvre Dina enfant, au milieu du XIXe siècle. Elle deviendra une jeune fille fougueuse qui, bien que mariée à un homme beaucoup plus âgée qu'elle, mènera une vie riche et indépendante.
- Le diptyque Fils de la Providence où l'on retrouve la sulfureuse Dina mais aussi son fils Benjamin, parti faire ses études de médecine à Copenhague.
- L'ensemble se clôt par la trilogie de L'Héritage de Karna dont j'avais lu le premier volume, et abandonné le deuxième, sans doute prise par d'autres occupations. Ma participation au défi "Les trilogies et les séries de l'été" ainsi que le challenge "littérature nordique" étaient deux excellentes raisons pour reprendre cette lecture et connaître enfin la fin de cette grande saga norvégienne.
J'ai littéralement dévoré ces deux premiers opus. Mon péché n'appartient qu'à moi m'a permis de retrouver les différents personnages de la saga de Dina (Stine, Oline, Anders, Benjamin, etc.) et de faire connaissance avec la petite Karna. Le personnage central de cette trilogie est la fille de Benjamin, et donc la petite-fille de Dina. Enfant éveillée tout autant que sauvage (on repense à Dina enfant bien sûr...), elle est atteinte d'épilepsie. Ce volume voit Benjamin revenir à Reisnes, après ses années de médecine à Copenhague. Le retour sur cette côte battue par les vents est l'occasion de découvrir un monde nouveau, car en cette fin de XIXe siècle, le hareng a disparu. Je me suis installée auprès des personnages sans bouder mon plaisir tout en suivant avec fébrilité les relations compliquées entre les membres du trio amoureux Anna, Hanna et Benjamin. J'ai commencé le deuxième volume alors que je venais à peine de tourner la dernière page du premier...
Il faut dire que la motivation était au rendez-vous puisque Le pire des silences voit Dina revenir enfin à Reisnes. Le livre s'ouvre en 1878 et c'est durant un jour de mai, "en plein vent d'ouest et par un ciel d'orage" que Dina débarque à Strandstedet. Ce retour de l'aventurière, de celle qui a abandonné son enfant durant dix-huit ans, va bousculer le fragile équilibre de la petite communauté maritime. Car Dina revient avec de l'argent, et avec des idées assez précises sur la manière de survivre à la Révolution industrielle qui est en marche. Mais surtout, ce retour fait resurgir les anciennes blessures, que cela soit le dépit d'Anders, le mari délaissé, ou la colère de Benjamin, l'enfant abandonné. J'ai lu ce deuxième opus aussi vite que le premier ! J'ai été particulièrement sensible au rôle joué par le passage du temps dans les relations entre les personnages. Autant vous dire que j'ai déjà le troisième et dernier opus de la série que je vais commencer au plus vite.
Une façon enthousiasmante pour moi de vous proposer un premier billet pour le challenge littérature nordique, et pour vous inviter à commencer cette saga à lire absolument.

https://bruitdespages.blogspot.fr/2017/07/challenge-litterature-nordique.html



vendredi 7 juillet 2017

Challenge littérature nordique


   Alors que l'été nous annonce des chaleurs importantes, il est temps de partir se mettre au frais. Je propose donc, pour une durée d'un peu plus d'un an, de partir découvrir les littératures nordiques. 

Le challenge commence aujourd'hui et sera clôt le 31 août 2018 

Voilà déjà un moment que je souhaite découvrir plus avant une littérature riche et variée puisqu'elle englobe les auteurs islandais, finlandais, norvégiens, danois et suédois (on parle de littérature scandinave lorsqu'on enlève la Finlande et parfois l'Islande...). J'ai choisi de monter dans le grand Nord et d'inclure les Islandais, ne serait-ce que pour profiter des polars d'Indridason !
   Outre que je souhaite découvrir la littérature contemporaine nordique, cela s'accompagne pour moi d'un challenge personnel, à savoir inverser la tendance qui s'affiche sur ce blog (une majorité d'auteurs anglo-saxons : je n'ai rien contre eux mais la diversité ne nuit pas !).


   Je proposerai durant la durée du challenge des RAT nordiques et l'hiver, bien sûr, sera le moment fort du challenge ! J'envisage également un mois "polars nordiques", ainsi que des lecture communes (vous pouvez aussi en proposer). Il s'agit de lire des auteurs nés dans les pays pré-cités. Tous les genres sont acceptés, y compris la littérature jeunesse ou les albums, le principal étant de partir à la découverte d'une culture (ou de cultures)... Des semaines thématiques pourront être envisagées afin de découvrir la cuisine par exemple, ou le théâtre (je pense à Ibsen...). 
L'inscription de fera sur ce billet.


Je propose trois catégories :
- Poucette : niveau de découverte un à trois livres.
- Petite sirène : niveau curieux, de trois à cinq livres.
- Reine des neiges : niveau "expert", plus de cinq livres.

Je m'inscris en catégorie "reine des neiges", ayant déjà commencé mes lectures avec la reprise de la trilogie de Karna d'Herbjorg Wassmo (dernière série de l'histoire de Dina). Afin de vous donner des idées de lectures, je vous mets les liens des billets "nordiques" déjà publiés (Islande, Norvège, Suède). Pour le moment, je n'ai rien du côté du Danemark et de la Finlande. Je proposerai durant l'été une petite promenade dans la littérature nordique... J'en profite pour vous souhaiter un bel été, avec de nombreuses lectures. Vi sees senere ! A bientôt !

Les participantes enthousiastes et leurs billets :

Catégorie Poucette
     * Manika 27
     * Marilyne, blog Lire & Merveilles 
- Le Violon du fou de Selma Lagerlö

Catégorie Petite sirène

     * Valou, blog Les Quotidiennes de Valou

     * Anne, blog Des mots et des notes
- Les Bottes suédoises d'Henning Mankell
- Marcher de Thomas Espedal

     * Martine, blog Les Lectures de Martine (et plus). Billet de présentation ICI

     * Kathel, blog Lettres exprès 
- Soleil de nuit de Jo Nesbo 
- Ör de Audur Ava Olafsdottir


Catégorie Reine des neiges
     * Adrienne, blog Elle s'appelait Adrienne
- La Minute de vérité de BjØrn Sortland
- Hors-service de Solja Krapu
- M comme Maison de poupée pour Une Maison de poupée d'Ibsen

     * Aifelle, blog Le goût des livres
- L'Eté infini de Madame Nielsen
- Sable mouvant de Henning Mankell 
- Dans l'ombre, tome 1 de Arnaldur Indridason 
- J'ai toujours ton coeur avec moi de Soffía Bjarnadóttir

     * Maggie, blog 1001 pages
- Snjor de Ragnar Jonasson
- Dans l'ombre de Arnaldur Indridason 
- Promesse de Jussi Adler Olsen (en version audio)

     * Margotte, blog Le Bruit des pages
- Mon péché n'appartient qu'à moi et Le pire de silence, billet sur les deux premiers volumes de L'Héritage de Karna de Herbjorg Wassmo.
- Les Femmes si belles. Fin de la trilogie de Karna de Herbjorg Wassmo. 
- Les Secrets de l'île de Viveca Sten
- Snjor de Ragnar Jonasson
- Je voyage seule de Samuel Bjork
- Les Contes d'Andersen 

     * Claudialucia, blog Ma Librairie
- Une Maison de poupée d'Ibsen (pièce vue au festival d'Avignon)
- Les Guerres de Lisa de Anne-Cathrine Riebnitzsky 
- Dans l'ombre d'Arnaldur Indridason 
- La Mort en Arabie de Thorkild Hensen
- Les Contes d'Andersen
- Nuit de printemps de Tarjei Vesaas
- Les Invisibles de Roy Jacobsen

     * Emma, blog Emma et son petit monde
- Le Pacte de Lars Kepler

     * Cléanthe, blog Dans la bibliothèque de Cléanthe
- Une Histoire de corde de Veijo Meri 

jeudi 6 juillet 2017

Contrepoint d’Anna Enquist

Livre: Contrepoint, Anna Enquist, Actes Sud, Babel, 9782330026943 ... 

 
   Attention, attention, voilà un magnifique roman qui oscille entre gravité et légèreté, comme un morceau de Bach. Et de Bach il est bien question dans cette histoire construite autour des Variations Goldeberg du musicien. Le livre s’ouvre sur les quatre premières mesures de l’aria qui sert d’introduction au premier chapitre. Il en sera de même à la fin : le livre se clôt sur l’Aria Da Capo de l’œuvre musicale. Les deux arias encadrent donc trente chapitres, comme les trente variations, et chaque chapitre s’ouvre sur les quatre premières mesures d’une variation. C’est un roman étonnamment musical, que j’ai lu sans écouter Bach, mais que je relirai un jour avec. Car c’est un roman d’une force extrême. La musique, si elle sert « d’accompagnement », est surtout la compagne d’une vie qui se « joue » devant nous, au fil de la lecture et des mesures.
   Une femme, tout en jouant du piano, écrit. Elle analyse les Variations Goldberg, les interprète, tente de comprendre l’écriture de Bach. En écho aux variations se tissent petit à petit en elle les souvenirs d’une vie, de la naissance des enfants à aujourd’hui. C’est tout le passé qui se déploie au son du piano. Dans chaque chapitre, un morceau de la vie familiale, heureuse, et des réflexions sur l’œuvre musicale.
   Entre les notes et entre les lettres, Anna Enquist nous propose une réflexion sur les pouvoirs de l’art. Comment il peut participer à la reconstruction de soi, comment il peut accompagner la pensée quand elle se délite dans la souffrance et la peine. Un très beau livre qui m’a bouleversée et que j’ai refermé doucement, comme on ferme doucement un coffret où sont enfermés de délicats objets. Un livre à relire en écoutant, ou, encore mieux, en jouant les Variations Goldberg

 L'Aria da capo
 
Extrait (incipit)
« La femme au crayon, penchée sur la table, lisait une partition de poche des Variations Goldberg. Le crayon était en bois noir de qualité. Il était coiffé d’un embout argenté, où se dissimulait un taille-crayon. Le crayon était suspendu au-dessus d’un cahier vide. A côté de la partition étaient posés des cigarettes et un briquet. Un petit cendrier en métal, cadeau compact et brillant d’un ami, trônait sur la table.
La femme s’appelait tout simplement ‘femme’, peut-être ‘mère’. Il y avait beaucoup de problèmes d’appellation. Il y avait beaucoup de problèmes. (…) »

Les billets de Keisha, Biblioblog, Le Nez dans les livres, et Cathulu.

lundi 3 juillet 2017

Le Paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine

Un papillon dans la Lune: Le Paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine 

Nos librairies sont des lieux miraculeux ! C’est en flânant dans les rayons de la mienne que je suis tombée sur cette perle. Alors que je ne lisais plus de science-fiction depuis bien longtemps, depuis cette année, j'y reviens. Il faudrait d’ailleurs que je fasse un billet à propos des ouvrages lus dans ce genre qui se renouvelle avec brio. Retour à la librairie : la quatrième de couverture de ce livre - mis en évidence sur le présentoir de SF/Fantasy que je regarde toujours- m’interpelle. Lecture du premier chapitre : je suis fébrile, debout et déjà ferrée ! Je sors de la librairie avec quatre livres et avec une seule envie, continuer cette lecture au plus vite… Le lendemain, le livre est lu et je sais déjà que son empreinte sera profonde. Autant dire que 2017 marque un retour en fanfare vers le genre de la science-fiction !

Il s’agit d’un roman de SF écrit il y a une dizaine d’année (1ère édition en 2002 chez Aléa) par un agrégé de mathématiques qui en connaît un rayon au niveau scientifique. Et tout l’intérêt de cet opus est qu’il associe plaisir d’une lecture enthousiaste (malgré le côté glaçant, j’y reviendrai) et intelligence. Mais vous devez attendre le résumé et je tergiverse, encore sous le choc, oui oui, le choc. Et il ne s’agit pas ici de faire vendre ou de proposer une hyperbole à noter sur une 4e de couverture…
   Le récit se fait à la première personne. Robert Poinsot, quelque part dans les Alpes, dans de vieux cahiers trouvés sur la route, raconte ce dont il a été témoin. Un vendredi de 2 022, sans que l’on sache bien pourquoi (ou plutôt, on le savait, mais rien n’a été fait pour l’éviter…), une crise systémique a éclaté. Le détonateur : un « conflit lié à des questions de concurrence entre de très grosses entreprises américaines et chinoises ». La suite : crise économique mondiale et totalement incontrôlable. Effet domino avec faillites en chaînes et délitement des économies européennes. Après la suspension des salaires et l’hystérie collective, un système de troc qui se met en place puis les pillages commencent, avant que chacun tente de survivre aux bandes…

   Je vais bien me garder de vous dévoiler la manière dont Jean-Pierre Boudine imagine la suite de cette histoire. On y trouve de nombreux éléments qui ressemblent tellement aux prodromes qui sont déjà présents dans notre société que cela donne parfois envie de crier « Attention ! ». Car l’écrivain explique bien la manière dont, en creusant les inégalités sociales, on prépare le chaos à venir. Il montre avec brio, au travers de ce roman de SF « post-apo » comme on le dit maintenant, combien le lent délitement des institutions et des États fabrique des « déclassés » qui, le jour où ils n’auront véritablement plus rien à perdre, encore moins à espérer, et où les instances de régulation seront aux abonnés absents, risquent de faire payer cher la hargne accumulée.

   C’est un roman totalement glaçant. Pourtant, pas de « gore » ou de descriptions à la violence complaisante. Non, simplement la lente mais inexorable chute de la civilisation. Un retour au chaos et à la barbarie sous la forme d’une descente de toboggan que l’on ne peut stopper. Un retour au chaos lié à l’emballement et la potentialisation de l’ensemble des problèmes qui sont, pour certains, déjà là : surpopulation, changement climatique, tout technologique… sur fond scandaleux de creusement des inégalités (voir un exemple ICI avec le salaire du PDG de Renault). 
   Ce qui glace, c’est tout ce qui est en germe dans notre société. Et le démantèlement du Code du travail qui s’annonce dans les mois qui viennent se place directement dans cette fabrique des exclus qui nous prépare des lendemains qui déchantent. Un livre à lire, et à faire lire, à méditer aussi, qui est accompagné d’une passionnante postface de Jean-Marc Lévy-Leblond. Un livre que l’on devrait distribuer dans les écoles de commerce, au lieu d’apprendre comment faire toujours plus de profit et engendrer toujours plus de précarité. Un livre qui laisse un goût étrange dans la bouche car on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’est pas déjà trop tard…


Extrait
« Beaucoup de personnes vivaient dans la rue, le jour, parce qu’elles n’avaient rien à faire, en particulier les enfants. La situation des écoles était tout à fait comparable à celle des laboratoire de mon lieu de travail : absentéisme galopant. J’ai su que certains professeurs étaient restés fidèles au poste, et de même, certains élèves. Un quart, peut-être.

Je me demande comment se passaient les classes. Dans un climat bien étrange, certainement : des élèves motivés avec des enseignants motivés ! Quel rêve ! Une véritable école, enfin. Mais trop tard. »


Addendum : pour ceux qui veulent mettre de la SF dans leur valise, des conseils judicieux dans l'excellente émission de France Culture, La Méthode scientifique ICI.